jeudi 16 juin 2011

La série "Esprits Criminels" vue par Catherine Aimelet-Périssol dans le Parisien du 1er juin



MERCREDI 1er JUIN 2011
LE PARISIEN Rubrique Télévision,Culture,Loisirs

Elle avait commencé sa carrière sur TF 1 discrètement il y a cinq ans, en deuxième partie de soirée, pour ne pas effrayer… Mais ses audiences exponentielles ont eu raison des précautions d’usage. Et voilà comment la série « Esprits criminels » (ce soir à 20 h 45 sur TF 1) s’est mise à rayonner en prime-time, et continue de séduire les téléspectateurs, qui étaient encore 8,3 millions à suivre la saison 6, inédite, mercredi dernier. Avec, pourtant, un menu tout sauf ragoûtant. Car chez les serial-killers traqués par cette équipe de "profilers" chevronnés, on ne meurt pas d’un « simple » coup de couteau, mais haché menu, amputé, torturé, affamé et autres trépas interminablement douloureux. L’occasion de demander à la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol, spécialiste du système émotionnel*, de nous décoder ces images.
Vers le mal absolu
« Par rapport aux séries policières classiques, on pousse ici un peu plus loin le cochonnet concernant la notion du mal. En médecine, on fait volontiers la distinction entre un comportement névrotique, où son auteur a encore conscience de ce qu’il fait, et un comportement psycho-pathologique, où on dépasse la limite de la
conscience et de ce qui est supportable socialement. Voilà où nous sommes avec Esprits criminels, qui me fait penser à Hannibal, le Silence des Agneaux, ces films où l’on montre des personnages qui ont clairement franchi la limite. »
Les frontières floues de la conscience
«On aime souvent se raconter,pour se rassurer, que nous sommes du côté
du bien et que les agissements mauvais ne proviennent que d’êtres maléfiques qu’on peut cataloguer comme des malades mentaux. Dans la série, il y a au contraire l’idée que la frontière n’est pas si nette que ça. Dans l’épisode diffusé à 20 h 45 ce soir, le personnage d’un enquêteur lui-même devient assez trouble. Et pour faire un parallèle avec l’actualité, c’est précisément cette brèche-là que vient ouvrir l’affaire DSK : elle remet potentiellement
en question cette conviction selon laquelle nous contrôlons l’intégralité de notre cerveau. »
Moins à l’abri qu’avec un livre
« Il y a des meurtres aussi glauques dans de nombreux romans policiers à succès en ce moment, comme ceux de Maxime Chattam. Avec des descriptions proprement effrayantes. Mais quand vous lisez, vous faites travailler votre imaginaire. Et gardez une forme d’autocensure vis-à-vis des images que vous décidez de vous imposer ou non. »
La violence exorcisée
«Cette série policière aurait davantage sa place en deuxième partie de soirée bien sûr, mais elle n’est pas un spectacle traumatisant pour autant, excepté pour une frange de personnes fragiles à qui ça pourrait donner des idées. Mais pour l’immense majorité des gens, la fonction cathartique demeure. La représentation du drame permet de l’exorciser, c’est toujours cela qu’on vient chercher. Dans notre société actuelle, on représente la violence davantage qu’on ne la vit. »
Eduquer les enfants
« L’erreur serait plutôt de vouloir créer une société aseptisée pour protéger nos enfants. L’important, c’est de développer l’éducation émotionnelle, pour apprendre à faire face aux images en gardant son équilibre. »
CHARLOTTE MOREAU
« Comment apprivoiser son crocodile », de Catherine Aimelet-Périssol, Pocket,286 pages,7,40 €.